07 août 2008
Le temps immobile
Je pars pour deux semaines sur le "Lili Coquelicot", rêveuse aux longs jours, au fil du temps qui s'écoule aussi lentement que l'eau du canal...je pars pour me reposer et surtout écrire, écrire et "fignoler" le texte de L'Homme éclaté.
Je vais aussi préparer un petit spectacle de 20 minutes, sur le thème du canal, que le Théâtre du Passavent préntera aux Journées du Patrimoine dans la péniche "Armançon" au musée du cananl à Ecuisses.Quatre représentations seront données (2 samedi et 2 dimanche, les 20 et 21 septembre) à 15h et 16h30 .
Quoi de plus agréable que d'écrire sur le canal en naviguant dessus?
Je me passerais en boucle les musiques de l'Atalante et du Chalant qui passe( jouées par Marc Perrone, à l'accordéeon diatonique extraordinnaire musicien et d'une grande gentillesse) et chanterais à tue-tête pendant que je piloterais "L'éclusier" de Brel...de quoi faire faire fuir (ou écouter) les hérons, poules d'eau, canards, ragondins , bref toute la faune des bords de l'eau...
Mais retour "à terre" pour les dernières représentations de Bleu Horizon à Cormatin les 22 et 29 août...
Le théâtre du Passavent sera "en résidence" à l'Espace Culturel Louis Aragon (ECLA) à partir du 26 août pour un mois, pour répéter L'Homme éclaté"...Bref! il me faut bien ces quelques jours avec ce temps immobile, rien qu'à moi, pour me lancer dans cette lourde aventure théâtrale...
30 juillet 2008
" Mémoires d'un âne": L'âne de Gloire (suite)
"Enfin
!!! ça y est, on passe "aux essayages" de costumes!!! Dans les "Brigands" j'avais une couverture de velours brodée...tandis que là! un bât! et quel bât! pas celui fait sur mesure pour nos randonnées habituelles! non,non! un gros "machin" tout plein de ferraille: un bât de l'armée! Pour le régler, Bruno et ma maîtresse ne m'ont pas mis la couverture de protection...là, Bruno se "bat" (un peu, pas trop) avec les sangles...bon, d'accord c'est un peu lourd, mais je sais que je ne porterai en scène que des bidons, des gamelles, une caisse (vide) de munitions, un petit tonneau ("un ch'tiot quarteau"), mais par contre 5 à 6 fusils "Lebel". Sur le coup, quand j'ai su ça, j'étais pas ravie-ravie et toute prête à faire ma tête de mule (car un "lebel" ça pèse 4kg5, tout de même!) Et puis j'ai compris dans la conversation qu'ils seraient faux...des "vrais faux fusils" en résine! même ma maîtresse pourrait en porter 6 sous chaque bras!!! Comme elle dit toujours, sur scène faut que "ça fasse vrai" et faut s'habituer à tout! na! c'est comme ça! Et si je veux faire la coquette ou attendrir les spectateurs faut bien accepter...et puis, finalement, j'adore qu'on s'occupe moi...Par contre, là où c'est pas gagné d'avance c'est quand je vais devoir marcher avec leurs espèces de chaussons! (paraît qu'on mettait ça aux chevaux, aux ânes et aux mulets pour ne pas faire de bruit...) en tout cas Y'EN A MARRE DES BROCANTES!!!
A chaque fois elle trouve des trucs incroyables!!! je vais avoir l'air de quoi hein? avec des espadrilles aux sabot
s!!!
Y'en a t'y pour les pieds de devant ? pour les pieds de derrière?
Avec ça, j'aurai pas l'air de Cendrillon, pour le soulier de vair, mon Prince Charmant, il pourra repasser!
Enfin je vous raconterai comment vont se passer les premières répétitions à l'Espace Culturel Louis Aragon...c'est pour bientôt, et je commence à apprendre mon rôle, avant dans ma pâture...
J'aime beaucoup ma maîtresse qui me le rend bien, mais là, quand même, je lui réserve un caca nerveux que je lâcherai le premier jour en plein milieu de la scène!!! à bon entendeur salut! (Christian, si tu dois râler, adresse toi au metteur en scène...)"
26 juillet 2008
Hier à Cormatin...
Hier à Cormatin, de nouveau salle comble, émotions partagées, j'ai le coeur en loque...pour Jean-Baptiste, Vital, Marius, Jérôme, Philibert, Joanny, Antoine et tous les autres..."morts...pour rien!"
"Voilà, mon papa est venu pour quelques jours en permission à la maison...et je me souviens, j'avais 12 ans, alors...ça m'a tellement marquée...juste avant de repartir sur le front, à la guerre quoi! il nous a pris tous les trois sur ses genoux...il était en uniforme, comme sur la photo, là...Le tissu était tout rêche et ça me grattait la joue...mais notre papa, il était si grand, si fort, si beau! bien sûr que pour nous c'était le plus beau des papas...il nous serrait fort contre lui, fort, fort, et...il pleurait...des gros sanglots....qu'on ne comprenait pas; notre papa, qu'est-ce qui pouvait bien lui arriver hein? puisque c'était le plus fort des papas...il nous a reposé à terre, poussé vers maman...il est parti...
On ne l'a jamais revu...
Après, j'ai su qu'il avait été tué tout de suite, là-haut, dans le Pas de Calais, à Souchez..."
25 juillet 2008
Sympathie, café et érudition...
"Voilà-t'y pas" que dans le port de Montceau, vient s'accoster juste à côté de Lili Coquelicot, sa jumelle!!! avec à son bord, une famille charmante avec laquelle nous avons partagé quelques trop rares moments: café (du vrai! fait à l'avant du bateau avec une belle "machine spéciale super-café"!!! ) et discussions quasi universitaires!!!... et voilà avec Philippe, plus moyen de nous arréter: canal du Centre et mystère à élucider:quid de la construction du canal entre 1783 et 1793, révolution française, changement de régime politique (ô combien!), etc...etc... les travaux qui ne s'arrêtent pas même au plus fort de la "terreur"" ... Bibracte, les Helvètes et la "Guerre des Gaules" de César! Ensuite, Eric passionné d'archéologie: donc je cause Egypte... musée du Louvre, Madame Christiane Desroche-Noblecourt... et je n'oublie pas "Jean Paul III" (ils vont faire une halte à Paray-Le-Monial, il y a des blagues familiales qui ne se ratent pas!) le papa et grand papa plein d'humour et de gentillesse! ( quant aux filles, elles sont allées chercher les poulets rôtis sur le marché....) C'est bien dommage qu'ils doivent repartir sur Digoin...(et plus loin ensuite, ils sont de Genève...)pas grave, grâce à internet et au blog, nous resterons en relations avant de nous revoir . Promis! foi de cap'tain du Lili Coquelicot!
23 juillet 2008
Représentations de Bleu Horizon
Vendredi soir prochain (25 juillet) aura lieu une nouvelle représentation de Bleu Horizon, à 19H, au musée du poilu de Cormatin.
Trois autres dates suivront : le 1 août, le 22 août et le 29 août, toujours à 19H.

Bonnes représentations à tous!
15 juillet 2008
Lili Coquelicot
Elle est là!!!! ma jolie "pénichette", mon nouveau refuge, mon "calme sur l'eau", ma vraie "dérive" ...vent, courants des rivières et des fleuves, grands arbres des bords des canaux, le fil de l'eau, le fil de vie qui, j'espère, m'emmènera loin...dans "mes Flandres", vers mon Plat Pays et peut être plus loin encore...Lili Coquelicot est arrivée jeudi dernier à Digoin de ? ... Bretagne, de Redon exactement, grâce à l'ami Bertrand qui vendait sa flotte! Mais pour venir de Redon, pas facile!!! il n'y a pas de communications fluviales navigables entre la Bretagne et le Centre... donc, partie mercredi par "convoi exceptionnel" elle est arrivée... par la route aux chantiers Recla de Digoin où la mise à l'eau s'est effectuée sans problème...Le "second" (Joanny, mon fiston) et moi-même (armateur ET capitaine!!!) avons surveillé de très près les manoeuvres...tout s'est bien déroulé . et après une nuit passée dans le port fluvial nous avons rejoint Montceau (50 km et 17 écluses!), vendredi en fin de matinée...

Première soirée sur les eaux bourguignonnes...

Allez! Tire moussaillon sur la "chevillette, et la bobinette cherrera" ... (ça, c'est pour les ponts-levant de l'entrée du port de Montceau et ça enquiquine bien des automobilistes...)
D'autres aventures nous attendent...
07 juillet 2008
Les gars de la marine (d'eau douce...)!
J'avais déjà un peu évoqué la folle tournée "en péniches" réalisée en mai 1994 avec "La Compagnie du Val-qui-Rit" d'Hérouville Saint Clair (Calvados). Après les tournées en roulottes, nous nous sommes lancés dans une autre aventure... le "Théâtre au fil de l'eau"... Adepte depuis 1986 de la navigation fluviale, pratiquée en famille et avec des amis, nous avons décidé, avec la Compagnie, de faire une "tournée" théâtrale avec Si Perrault m'était conté sur...le canal du Centre. Canal que je connaissais aussi bien du chemin (devenu route) de halage que par "pénichette"... Pari osé, mais pari gagné... Souvenirs inoubliables, coups de fatigue, bonheur total et partagé: 22 retraités, 4 "jeunes", 3 enfants et 5 "encadrants"... 5 bateaux loués aux "Canalous" du 1er au 10 mai. Le bus qui nous avait amené de normandie suivait avec les costumes, les décors et les accessoires; et tout le monde (Jean-Marie, chauffeur du bus compris) mangeait et dormait sur les bateaux. Nous avons, malgré la lenteur des déplacements sur l'eau (6km/h)...mené un "train d'enfer"...dont voici le programme:
Avant de retrouver plus de photos dans l'album Sur les planches / années 90, voici un petit aperçu de cette épopée:

5h30 du matin, tout le monde dort encore (halte fluviale de Génelard)

9H30, même jour, Barbe Bleue devant les collégiens de Génelard...

Côté artiste... Côté technique...
Depuis cette aventure je n'ai pas perdu le goût de l'eau (sauf dans mon verre...) et larguerai bientôt les amarres sur MON bâteau : "Lili Coquelicots".
05 juillet 2008
Lendemain qui chante...
Hier à Cormatin, nous avons vécu des émotions intenses. La salle du Musée du Poilu était pleine (il a fallu rajouter des chaises) et le public "allait" de 5 à 90 ans! Il y avait aussi des touristes suédois et hollandais, très émus, qui nous ont félicité, demandé des explications, pris en photos... Finalement, incapable de se séparer "comme ça", presque tout le monde a mangé ensemble, dehors, devant le musée. Cette représentation-là bénéficiait de "l'état de grâce" qui vient compléter le travail des comédiens-chanteurs. Les angoisses continuelles qui m'agressent quand je monte un spectacle: les "pourquoi?", les "comment?" les "dans quoi t'es-tu encore fourrée?" les "reste-donc tranquille maintenant" etc...etc... pfuit!! envolés, balayés... ils nous reste 4 représentations à assurer à Cormatin et nous avons hâte de rejouer! (et peut être aussi ailleurs, les "commandes" se concrétiseront peut être! quoique...tant que les contrats ne sont pas signés...)
En fait, au Musée du Poilu , il y a eu un seul contrat... "moral", amical même... basé sur une sympathie immédiate et réciproque. Et c'est extraordinaire: Patrice, Christelle, Rachel (que j'ai appelé "Chantal" à la fin du spectacle, prise par l'émotion des remerciements...) et Jean-Christophe nous ont fait confiance. Responsables du Musée, rien ne leur garantissait la "qualité" du spectacle! Leur accueil, leur gentillesse, leur disponibilité ont contribué à la réussite de "Bleu Horizon"...le cadre ne suffit pas, il vit aussi par les gens qui l'animent au quotidien et j'espère, que ce Musée connaîtra longtemps le succès qu'il mérite, tant par la qualité des objets exposés que par le message qu'ils transmettent...le même que le nôtre...il n'y a pas de hasard...seulement et toujours une histoire de rencontre...
04 juillet 2008
Fanny et Jean-Baptiste
Demain,vendredi 4 juillet, sera donné une nouvelle fois, Bleu Horizon ou ceux de l'arrière à Cormatin. Je sais que les réservations sont nombreuses, tant mieux, autant pour les comédiens qui me font confiance que pour les idées que je souhaite transmettre...bien sûr, c'est difficile, nous ne faisons pas dans le "son et lumière" et la reconstitution historique...il n'y a guère d'effets d'uniformes et de parade...il n'y a que l'émotion ressentie par des amis qui ont "endossés" des personnages qui furent réels, et qui leur redonnent vie. cela me touche d'autant plus qu'ils sont tous "de ma famille", et de cette famille de l'époque mise en scène, je n'ai connu que deux personnes: ma grand-mère et ma grand tante, les soeurs de Jean-Baptiste. Ma grand-tante, (dite "la tante Fanny") soeur adorée de Jean Baptiste m'a toujours parlé de lui avec un amour infini, elle ne s'est jamais vraiment remis de ce deuil. Dans l' échange presque enfantin de leur courrier durant les quatre années de guerre (souvent à travers ces cartes postales que les collectionneurs s'arrachent aujourd'hui : ah! qu'il était beau et glorieux le pioupiou bien propre dans sa tenue bleu horizon, sur fond de trèfle à quatre feuille et qui disait: "nous les aurons!"...) il en ressortait un amour éclatant qui restera inconsolable. C'est dans une de ses lettres retrouvées dans les affaires de ma tante Fanny que j'ai su qu'il avait une "bonne amie" . Il n'en avait parlé qu'à elle, qui était-elle? Fanny n'a jamais eut le temps de le savoir... Après la guerre, elle a quitté Gourdon pour aller travailler dans la Loire, dans la vallée du Giers...elle s'y est mariée, y a été heureuse avec son Marius, mais n'a jamais oublié. cela la prenait tout d'un coup:un soir où on jouait au "rami" et que je perdais...(je suis très mauvaise joueuse...) elle m'a dit: "tu as le même regard que le Jean-Baptiste quand le père lui a fait tirer le portrait à la mobilisation"...pourtant, on disait toujours que je ressemblais, à "ceux du nord" (la famille de mon père). Elle a toujours habité dans la Loire jusqu'à sa mort en 1995...avec mes, frères on l'adorait. Elle disait " le Bon Dieu ne m'a pas donné d'enfants mais le Diable m'a refilé des neveux!" . Quand il a fallu déménager son petit appartement de L'Horme, j'ai retrouvé cette photo (sûrement "celle de la mobilisation") et collée sur elle, un portait que Gérard avait fait et que je lui avais envoyé...c'est vrai que nous n'avons pas vraiment le regard facile, mais cherchait-elle toujours dans chacun de nous une étincelle qui lui prouvait que Jean- Baptiste n'était pas vraiment mort...et que quelque chose de son corps éclaté dans l'explosion du "fusan" était "retombé" dans l'un de nous pour lui faire savoir qu'il l'aimait toujours?....................
02 juillet 2008
Les oiseleurs
Décidément, quand je range, je range...
J'ai retrouvé un petit poème que ma mère avait glissé sous mon bol de petit déjeuner, un matin ensoleillé et déjà chaud. Nous habitions Tournus, nous y étions heureux, et j'explosais d'inconscience et de vitalité...avait-elle peur pour sa "petite fille" de 13 ans inconsciente, volontaire mais fragile en sentiments... Ce poème m'a fait pleurer à l'époque, car je le savais "vrai", mais à la différence de mon père qui écrivait sans cesse, des textes, des poèmes, des articles, elle n'en écrivit qu'un: celui-là, et il m'a aidé toute ma vie, il aura fallu bien longtemps pour que je me fasse "piéger". Les "oiseleurs" avec leur joli nom sont souvent de parfaits salauds. Ma mère est morte sans savoir que j'avais bien mal retenu la leçon...elle n'était plus en capacité de m'entendre, de m'aider, de me consoler, peut être même m'aurait-elle trouvé ridicule: "je te l'avais bien dis! méfie-toi des oiseleurs! il n'y a pas d'âge même pour les vieux oisillons"...
"Voici le temps de l'oiseleur
Prends garde à toi mon petit coeur
Il tissera autour de toi
Des rets insolites et sournois
Venus de très près, de l'enfance
Les mots auront changé de son
Fées, magiciens? tu as confiance...
Est- ce pour maintenant, la trahison?
Prends garde à toi mon petit coeur
Voici le temps des oiseleurs
L'un te dira "tu es belle
Et jeune", l'autre "tu me plais
Viens dans ma main, je suis fidèle"
Mais
Reste reste toujours rebelle
N'écoute pas ni chant ni lai
Méfie-toi bien mon petit coeur
De qui se dira enchanteur
Avec des fumées et des voiles
Réalité te masquera
Mais si vient à tomber l'Etoile
Qui te consolera?
Sois fier et libre mon petit coeur
N'écoute pas les oiseleurs"
Georgette Sauvage, Tournus.
Bien sûr, ce petit texte est très loin du chef d'oeuvre, et pourtant, il m'a touché à l'époque et me touche encore, je ne l'avais jamais relu depuis ce matin de juin 1960...













